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Un peu de recul #4 : c'est la France !

Pancarte en carton fixée sur un mur en pierre, avec l'inscription manuscrite : « On est pas manipulés par LFI, vous êtes manipulés par CNEWS ».

C'est le retour de ma série de petits écrits en vrac, un peu de recul. Pour partager, sans pression et sans objectifs, des lectures, des écoutes, des visionnages ou toute autre interaction qui m’ont marqué, touché ou fait réfléchir. Ou simplement des pensées et des réflexions. Bonne lecture !

Soutien à la jeunesse !

Panneau en carton c'est écrit en majuscule et en plusieurs couleurs : Pas de jeunes, Pas d'avenir.  Pas d'avenir, Pas d'avenir...

C'est vraiment terrible de suivre "à distance" (je vis dans un petit village où tout est calme) cette nouvelle séquence de mobilisation légitime à laquelle on n'oppose que de la répression et de la violence policière. Cette fois, ce sont les jeunes qui sont visés, méprisés, brutalisés. Soutien à nos jeunes ! Et honte à celles et ceux qui contribuent au traitement médiatique et politique qui consiste à ne voir dans cette mobilisation que des « violences urbaines ». C'est pour moi assez glaçant de constater, une fois de plus, qu'il semble ne plus y avoir de droite sociale dans ce pays. En tout cas on ne l'entend pas en ce moment. Il n'y a que la gauche pour défendre les revendications de la jeunesse. Et se plaindre des violences policières, qui touchent en l'occurence des mineurs. Une pétition d'ailleurs a été lancée pour demander « l'interdiction des armes mutilantes et des techniques d'immobilisation létales dans les manifestations lycéennes  ». Signez-la et partagez-la massivement ! Soutien à nos jeunes ! Et honte à une grande partie de notre classe politique et médiatique !

Le point titre "Classes surchargées, fin de Parcoursup, racisme : le grand fourre-tout des revendications lycéennes"
Pour le Point par exemple, les revendications lycéennes représentent un « grand fourre-tout ». Sympa

J'insiste sur ce point : le traitement médiatique de la presse (particulièrement centriste et de droite) est incroyablement méprisant : on peut clairement parler de jeunisme. Les revendications sont invisibilisées, relativisées ou encore sujettes au mépris. Les « jeunes » n'étant pas capable de penser par eux-même, ils sont forcément instrumentalisés. C'est tellement violent. Je me demande ce que se disent les jeunes « de droite » quand ils consultent ces médias. Ou les parents « de droite » qui ont des jeunes lycéen·ens ou étudiant·es. Bref, une fois de plus, soutien aux jeunes ✊️✊️

Les écouteurs dans le métro

Je n'habite plus en ville depuis plusieurs années, et donc je ne prends plus le métro régulièrement. À chaque fois que je passe par Paris ou Lyon, ce sont donc des retrouvailles, en quelque sorte. Il y a une dimension de « l'expérience métro » qui m'interpelle à chaque fois et produit chez moi des sentiments contraires, c'est la quantité de gens qui portent désormais des écouteurs ou des casques de toutes tailles, formes et marques. Aujourd'hui, c'est la grande majorité des utilisateurices du métro.

À chaque fois, mon premier sentiment, c'est une forme de tristesse. C'est ça, la société moderne ? Mon second sentiment, c'est de me dire que ce n'était ni forcément différent, ni forcément mieux avant. Ne surtout pas fantasmer un passé où de parfaits inconnus se taperaient la discute dans un métro bondé, à 7h du matin, avant une énième journée pénible à l'usine. Bon et puis le métro pour tout le monde, c'était pas avant 1910 et quelques. Mon troisième sentiment, c'est que je porte moi-même des écouteurs. Oups. Ils sont totalement indispensables pour moi dans les transports en commun. Trop de monde, trop de bruits différents. Bref, je serais bien mal placé pour donner des leçons. D'ailleurs je ne souhaite pas en donner, des leçons.

Simplement, je dois reconnaître que j'ai toujours ce mélange de sentiments contraires, où domine tout de même une forme de tristesse à ce qu'on ne soit pas capable de faire mieux collectivement. Mais bon, derrière les écouteurs dans le métro, il y a l'hyperconcentration dans les villes, le mode de travail capitaliste et ses horaires figés, l'individualisation croissante de la société, etc. etc. Autant dire que ça va chercher assez loin...

«À nous de vous faire préférer le train »

Affiche de la SNCF avec le slogan "à nous de vous faire préférer le train"

Franchement, je ne demande que ça, préférer le train. J'adore le train. Je le soutiens bec et ongle face à tout détracteur qui se met sur mon chemin. Je pense que le train et les transports en commun sont la seule mobilité désirable et soutenable à moyen-terme. Mais il faut quand même bien reconnaître que la SNCF et TER font tout, ou presque, pour nous faire préférer toutes les alternatives possibles. Je cite pèle-mèle :

  • Les tarifs beaucoup, mais vraiment beaucoup trop chers.
  • Les annonces (contrôleur·ses, barista) incessantes. Purée on dort comment bordel.
  • La prise en charge des vélos dans le TER (infrastructure déficientes, coût, process d'achat incompréhensible, etc.).
  • Les prix qui changent et les promotions de tous les côtés, dans la plus pure logique capitaliste de la tarification dynamique.
  • La prise en charge des enfants et des familles (espaces pour stocker des poussettes, pour faire jouer les enfants).

Bref, j'aimerais vraiment qu'on me fasse préférer le train. Mais non, pour l'heure, prendre le train est un geste militant. Et c'est un véritable scandale compte tenu de l'urgence climatique et écologique dans laquelle nous nous trouvons. À ce sujet, vous pouvez écouter Les annonces assourdissantes des transports publics et lire La galère du train.

« C'est la France »

J'aime la critique constructive, d'autant que je suis quelqu'un de plutôt « critique » dans la vie. Mais je n'aime pas le french bashing. Je trouve qu'on a tendance en France à trop le pratiquer, et souvent sans que ce soit factuel. On va dire que la France est toujours en grève. Bah non, les anglais et les allemands aussi, renseignez-vous. On va dire que nos trains sont tous pourris. Bah non, allez en Angleterre, en Italie, au Canada, et vous verrez. Et ainsi de suite.

Bref, je me prenais un café en Gare de Lyon avant de prendre un train, quand une cliente, visiblement étrangère, demande avec l'amabilité d'une borne de péage un « café au lait ». La vendeuse, sans doute habituée à tous les types de clients, lui répond gentiment (je ne sais pas si j'aurais réussi cette performance) qu'il n'ont malheureusement pas de lait (c'était avant tout une enseigne de vente de macarons et autres mignardises). Alors la cliente, toujours aussi détestable, lance un énorme soupir glacial. Et voilà qu'une autre cliente, française, lui dit : « c'est la France ».

Je n'ai pas pu m'en empêcher, je lui ai répondu que je trouvais qu'elle exagérait un peu. Qu'on était devant une minuscule enseigne de vente de macarons, dans un hall de gare. Et que s'ils vendaient du café pour dépanner (et se faire de la thune, bien sûr), c'était un peu n'importe quoi d'exiger d'eux qu'ils aient du lait, sachant que ce n'est pas spécialement dans les moeurs françaises d'en ajouter au café. Bref, ça va le french bashing ok, on a suffisamment de bonnes raisons de pratiquer l'autocritique (la violence policière, le train, la dette, etc.).