Retrouver le plaisir de bloguer

Cet été, j'ai enfin pris la décision de séparer mon site de mon blog. Je crois que c'est l'une des meilleures décisions que j'ai prises depuis que j'ai réinvesti mon site personnel, à partir de 2018. Pourquoi avoir autant attendu alors ? Il y a plusieurs raisons à cela, mais si je suis honnête, je pense que c'était surtout pour ne pas bousculer mon référencement et mon « audience », développée pendant huit ans. Concentrer mes contenus sur un seul site offrait en effet l'avantage de la simplicité (un seul site à visiter), même si cela se faisait au détriment de la navigation et de la lisibilité (j'y reviendrai).
En 2018, quand j'ai repris progressivement l'écriture, je ne me souciais pas du tout d'être lu. Je ne pensais d'ailleurs pas que je le serais, c'était très sain comme rapport à la publication. J'ai donc écrit comme je le voulais, sur ce que je voulais, quand je le voulais. Je le dis rarement, mais je suis webmarketeur de spécialisation, et j'ai bien entendu été formé au SEO (search engine optimization) 😇 C'est donc en parfaite connaissance de cause que je me suis employé à ne JAMAIS respecter aucune des bonnes pratiques que j'avais apprises et utilisées dans mes premières expériences professionnelles. Je n'écrivais pas pour une audience, j'écrivais avant tout pour moi, pour penser, réfléchir, poser mes idées. Malgré cela, certains de mes articles ont commencé à être lus. À des échelles raisonnables bien sûr, mais quand même. Et pendant huit ans, mon site a grossi et a fini par accumuler des contenus de natures très différentes : articles de fond sur le numérique et l'éducation, billets plus personnels, pages statiques sur tous les sujets et dans tous les sens, etc. Wordpress se prêtait parfaitement à ce grand bazar. L'avantage d'une usine à gaz, c'est qu'on peut lui faire presque tout faire : une multitude de pages statiques, des publications découpées en catégories et en tags, une newsletter automatisée, un espace de ressources, un moteur de recherche, des thèmes complexes permettant une navigation avancée, etc.
Avec le temps, mon désir de minimalisme et la multiplicité de mes contenus ont généré une dissonance croissante. Mon passage de Wordpress à Publii a été le dernier clou du cercueil. Publii est, à l'inverse de Wordpress, un CMS très minimaliste. Mon site était foisonnant, désormais il était illisible, innavigable. Pire, je me frustrais à me limiter sur chacune de ses sous-parties (les articles de fond, le blog, les ressources) pour ne pas rajouter à l'illisibilité générale. Idem pour l'écriture, je m'autocensurais beaucoup dans les sujets et formats d'articles. Après une énième réflexion, je me suis finalement résolu à privilégier le plaisir à la perte potentielle d'audience. Et lancé l'énorme chantier d'été consistant à découper mon site en trois espaces (un site, un blog, une ressource éducative libre) au sein d'un écosystème préexistant.
Le premier avantage de cette scission, c'est que chaque espace est à la fois plus lisible et plus complet. Mon site est infiniment plus léger en articles et en pages (il est passé de plus de 350 articles à moins de 100, le nombre de pages a également été divisé par deux). Les visiteur·ses peuvent désormais assez vite s'y retrouver dans mes travaux de réflexion sur le numérique, puisque mes billets personnels et un grand nombre de pages ne sont plus là pour compliquer l'expérience. Un point en moins pour la sérendipité, c'est mon seul regret, mais un gros point en plus pour la lisibilité et l'efficacité de mon site dont l'objectif est maintenant mieux délimité : faire connaître mes travaux et mes services. Toutes mes ressources sont désormais accessibles sur Numériquoi, et j'en ai profité pour les mettre à jour, les enrichir largement et adapter le site à ma nouvelle charte graphique. Là encore, la ressource en est beaucoup plus lisible et plus exhaustive que ne l'était mon site. Tout ça, c'est déjà assez enthousiasmant. Mais le plus gros avantage de la scission, c'est l'immense libération de l'écriture et du partage qu'elle a rendue possible sur ce blog. Je peux de nouveau écrire ce que je veux, quand je le veux. Et je le fais déjà. Au-delà des billets qui se multiplient, j'ai également commencé à m'adonner à de nombreux rituels de l'indieweb, par exemple en multipliant les pages que (presque) personne ne lira : ce que j'utilise, en ce moment, recommandations, citations, colophon, etc. J'y prends énormément de plaisir ! Tout comme je prends beaucoup de plaisir à lire plus de blogs personnels, à m'abonner à leur flux RSS et à les référencer sur Numériquoi ou sur ma blogoliste.
Je suis de longue date un grand promoteur des blogs et des sites personnels, de l'indieweb (même si j'ai tardé à employer ce vocabulaire). Ce n'est pas pour rien que j'ambitionne d'écrire un livre à ce sujet. Plus je me plonge dans cet écosystème, plus je l'affectionne, plus j'ai envie d'y contribuer, et plus j'ai envie de bloguer. En dépit de l'IAg, au mépris même de l'IAg. Ces automates computationnels peuvent piller notre contenu pour s'entraîner, et nous ne pourrons probablement jamais les en empêcher. Mais ils ne pourront pas nous prendre l'indieweb. D'ailleurs, ils n'en verront pas l'intérêt. Et progressivement, là où le slop IA sera subi, l'indieweb sera lu par choix, par envie, par conviction. Sur le plan politique et éducatif, à court et moyen terme, j'espère vraiment que nous arriverons à faire de l'indieweb un espace d'écriture et de lecture beaucoup plus populaire qu'il ne l'est actuellement.
À titre personnel, je ne crois pas que je serai de celles et ceux qui publient tous les jours ou presque (encore que dans le cadre de certains défis, et dans l'idée de création sous contrainte, pourquoi pas). Je ne crois pas non plus que je pourrai réellement écrire sur tous les sujets, ceux qui sont trop politiques ou trop intimes (car ce blog porte mon nom, et donc l'idée d'un blog anonyme fait son chemin). Mais je sais que j'ai envie d'écrire. Et que maintenant, j'ai l'espace et la liberté pour le faire.