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Qui peut se passer de Whatsapp ?

Un abribus de la ville de Lille qui promeut un groupe Whatsapp pour suivre l'actualité du quartier
Photo piquée à Julien Falgas

Visiblement, pas la mairie de Lille. Mais si on étend la question, pas grand monde en réalité.

Le plus souvent, utiliser Whatsapp relève d'un non-choix. C'est pour suivre son club de randonnée. Ou le groupe des parents. Ou le weekend entre ami·es. Difficile de s'organiser en si petits groupes autour d'une alternative, effet de réseau oblige. Alors oui, j'ai craqué et réinstallé Whatsapp récemment, après l'avoir boycotté farouchement pendant plusieurs années. Certains libristes et alternuméristes puristes jureront que pour eux (ce sont souvent des hommes) c'est niet, pas de Whatsapp et puis c'est tout... Mais quand on creuse, c'est leur femme (parfois leur enfant) qui a Whatsapp et qui maintient le lien social... Ou alors ce sont les autres qui doivent faire un effort supplémentaire pour les joindre. Dans les deux cas, il faut bien le dire : ce n'est pas satisfaisant. Comme souvent, le numérique amplifie des réalités sociales préexistantes. On sait que dans le couple, c'est généralement la femme qui s'occupe de maintenir les relations sociales, un phénomène documenté en sociologie sous le nom de charge mentale ménagère et sociale. Bref, se passer de Whatsapp, c'est bien, à condition que les conséquences ne reposent pas sur d'autres.

Ce qui est consternant, dans le cas de la mairie de Lille, c'est qu'on est ici dans le cas d'une organisation (en l'occurence une collectivité de taille importante) qui aurait les moyens (stratégiques, économiques, humains, techniques) et la masse critique pour proposer une alternative crédible à un réseau social privateur, américain et appartenant à Meta (vous savez, l'une des boites les plus toxiques de la terre). En bref, la mairie de Lille avait le choix de Whatsapp, ou d'une alternative, numérique ou non numérique.

En novembre 2024, j'écrivais ceci :  

Soyons clairs, ce n'est pas sur les internautes que doivent reposer tous les « éco-gestes numériques ». Cette énorme réflexion sur l'état des réseaux sociaux, cette conception d'alternatives, cette mise en mouvement, elle devrait être portée par tous les corps intermédiaires, les syndicats, les partis politiques, mais aussi les médias, les organisations d'intérêts général, les associations, les agences publiques, les gouvernements européens. D'autant que nous ne découvrons pas la situation. Tous les problèmes de X existaient avant le rachat par Musk, qui n'a fait que supprimer les derniers garde-fous. Les réseaux sociaux dominants constituent un problème démocratique depuis longtemps (pour rappel, Cambridge Analytica, c'était en 2018), comme l'a encore rappelé récemment le Conseil national du numérique, qui a fait le choix courageux de quitter X et d'appeler à construire des alternatives européennes.

On est deux ans plus tard, et rien n'a changé.  Alors vous me trouverez peut-être sévère, mais choisir Whatsapp quand on est une collectivité de la taille de la ville de Lille, en 2026 (année pré-électorale), je pense que c'est une faute politique et stratégique.